Une école contre l’obsolescence programmée et la fracture numérique

Elle est née là où tout a commencé. La Libre Ecole du Numérique et de la Repair Action, initiant à la réparation d’objets, a vu le jour il y a quelques mois, à Vauréal, là-même où le premier repair café français a été lancé en 2013.

La Libre École du Numérique et de la Repair Action a ouvert ses portes durant l’été 2018 au centre socioculturel l’Agora, à Vauréal. Janvier 2019 ©Axelle Bichon

A bonne école. Depuis son inauguration à l’été 2018 dans le quartier des Toupets, à Vauréal, la Libre Ecole du Numérique et de la Repair Action gagne peu à peu du terrain sur la fracture numérique et la production de déchets engendrée par l’obsolescence programmée grâce à la formation des réparateurs bénévoles. Au programme de cet établissement fondé et géré par Générations Solidaires Val d’Oise (GSVO) : deux repair cafés hebdomadaires proposés les mercredis et samedis, des ateliers informatique, de jardinage et de cuisine dispensés tout au long de la semaine, un atelier de réparation, La Maison du Vélo et un Code Club, apprenant depuis janvier dernier les bases du codage aux enfants.

Depuis janvier, le Code Club apprend aux enfants les bases du codage. ©Axelle Bichon

En seulement quelques mois, la structure n’a cessé de multiplier et de transmettre les savoir-faire dans le domaine de la réparation et donne ainsi de plus en plus de tuyaux aux consommateurs écoresponsables. La spécificité de l’école est qu’elle est ouvert à tous, sans engagement ni aucune contrainte.

Savoir-faire et coopération

Et ce n’est pas un hasard si cette école spécialisée, unique en France, est sortie de terre à Vauréal. C’est dans cette commune valdoisienne que le premier repair café français a été lancé en 2013 par Générations Solidaires Val d’Oise. Ce concept de partage autour de la réparation bénévole d’objets entre particuliers inventé en 2009 par Martine Postma et Peter Van Vliet, aux Pays-Bas, a ensuite conquis l’ensemble de la France. « C’est parti comme une trainée de poudre et ça a fait le tour de la France ! », se souvient Koffi Hukportie, le président très discret de l’association Générations Solidaires. C’est lorsque le

Koffi Hukportie, le président très discret de l’association Générations Solidaires. Vauréal – janvier 2019 ©Axelle Bichon

Vauréalien crée, en 2008, avec deux amis, un atelier de réparation de vélos dans sa commune que la repair action locale commence à prendre forme. « Nous remettions sur roues des bicyclettes que nous envoyions ensuite à des collégiens de Kétou dans le cadre d’une convention de coopération décentralisée menée avec cette ville du Bénin. Nous avons ensuite fait la même chose avec des ordinateurs », raconte Koffi Hukportie. A l’époque, 300 vélos réparés et des dizaines d’ordinateurs reconditionnés y sont expédiés. Sur place, une salle informatique nait de cet élan de solidarité et à Vauréal, un groupe de passionnés de réparation grandit. « Nous nous sommes alors dit qu’il fallait développer notre action localement pour que cela ait plus d’impact », explique-t-il.

Obsolescence programmée

Un an après la création de l’atelier de réparation de vélos, un atelier informatique y est fondé en 2009. Jusqu’au jour où Koffi découvre, au hasard de ses recherches sur Internet, les repair cafés. Le principe ? Prolonger la durée de fonctionnement limitée des machines et appareils électroménagers. « Je me suis rapproché des fondateurs du concept qui n’ont pas hésité à nous accompagner pour le lancement de la première édition française », se rappelle-t-il.

Un Repair café à Ermont (Val-d’Oise) – avril 2016 ©Axelle Bichon

Mis sur pied en avril 2013 à partir d’un kit explicatif envoyé des Pays-Bas, le premier repair café de France fait un carton. « C’était fou, TF1 était là, on a fait le buzz sans le vouloir. Notre objectif était de passer le relais pour que les gens s’approprient le concept », confie Koffi. Paris, Lille, Grenoble, Villiers-le-Bel, Mafflier, Bouffemont, Domont, Cergy suivent très vite l’exemple de Vauréal tant est si bien qu’aujourd’hui, des centaines de repair cafés s’organisent chaque semaine en France réduisant ainsi significativement et sur le long terme le contenu des déchetteries. Par ailleurs, la Maison du Vélo réunit toutes les actions proposées par l’association et favorise ainsi l’écomobilité. Les vélos réparés sont mis à la disposition des adhérents pour la modique somme de 1€/mois.  De même pour les ordinateurs

« Partager le virus de la passion »

Au-delà de lutter contre la fracture numérique et de permettre aux gens de devenir des acteurs du développement durable, la Libre Ecole du Numérique et de la Repair Action, crée du lien entre habitants à travers des ateliers collectifs participatifs. Afin qu’elle puisse voir le jour, la municipalité qui a toujours soutenu les actions de Gsvo, a mis treize locaux de la ville équipés et chauffés à disposition de l’association pour déployer le mouvement.  De cette façon, elle prend le pas sur la société de consommation obsolète. « L’école aide les bricoleurs à partager leurs astuces et le virus de la passion de la bonne manière et permet à ces personnes de faire de cette passion leur métier », conclut-il.

Axelle BICHON

La Maison du Vélo aménagée dans l’école revient aux sources de la repair action telle qu’elle a été initiée en France à Vauréal : la réparation de vélos. Janvier 2019 ©Axelle Bichon

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