Marionnettiste, un métier aux ficelles insoupçonnables

Cela fait trente ans que Bérengère Gilberton s’est fait happer par l’univers des marionnettes. Comédienne et marionnettiste, cette Eragnienne a appris les ficelles du métier à l’Ecole du Passage.

Bérengère, ici avec les marionnettes du spectacle Moimoi, l’Enfant Roi, d’Agnès Marietta, prépare un spectacle autour des contes de Grimm qui sera proposé en mai au Théâtre de l’Usine. ©Axelle Bichon

Petite Marie. Si elle représentait la Vierge Marie puis d’autres figures saintes ou profanes au Moyen-Age, la figurine de bois à l’origine de la marionnette ou du guignol d’aujourd’hui a toujours eu la même mission : susciter des émotions à travers un semblant de vivant. C’est ce qui a charmé la marionnettiste éragnienne Bérengère Gilberton, et l’a poussée, il y a maintenant 30 ans, à créer ses propres personnages articulés faits de bric et de broc et à inventer ses propres spectacles. « J’étais fan de Jim Henson qui avait monté le film Dark Crystal uniquement à partir de marionnettes. C’est aussi lui qui a créé le Muppet Show, se rappelle-t-elle. La marionnette consiste à créer un monde et lui donner vie souvent avec ce qui nous passe par la main car on est habité par ce que l’on veut raconter. Cela permet de s’échapper. »

« Créer un monde et lui donner vie »

Bérengère Gilberton présente son premier spectacle de marionnettiste à 19 ans en tant qu’autodidacte tout en travaillant en tant que comédienne. Formée à l’Ecole du Passage, elle collabore avec plusieurs troupes et commence déjà à fabriquer un peu de tout. « Je réalisais des maquillages et mettais sur pieds des objets animés pour les spectacles », explique-t-elle.

Dans les loges du Théâtre de l’Usine, un cliché d’elle en comédienne trône au-dessus d’un miroir. ©Axelle Bichon

Sa voie est alors toute tracée. Bérengère créé le spectacle La Sorcière du placard aux balais, se fait repérer par une programmatrice à Eragny qui l’a programme alors au Théâtre Uvol, à Saint-Ouen l’Aumône. Le pied à l’étrier, Bérengère est ensuite engagée pour ses talents de comédienne par Hubert Jappelle, le fondateur du Théâtre de l’Usine et marionnettiste internationalement connu dans les années 1960, qui l’invite à travailler sur le spectacle de marionnettes qu’il créait à l’époque. « C’était un maître, j’étais fan de lui, il faisait des spectacles délirants », se souvient-elle.

De bric et de broc

Bouts de raphia, vieilles couvertures, mousse arrachée, papiers, manche à balai… Tout est bon pour animer et donner un semblant de vivant au personnage manipulé. La marionnette est le théâtre du pauvre qui a toujours valorisé les émotions et la connexion avec le public. « Elle constitue un vecteur de parole très fort, une représentation symbolique de ce qui est raconté, c’est ce qui m’intéresse et c’est pour cela que je travaille beaucoup autour des contes pétris de symboles qui donnent des clés pour pousser le lecteur à s’interroger », explique la marionnettiste qui jongle aujourd’hui entre les spectacles et les résidences d’artistes pour continuer à vivre de son métier. « C’est très difficile car plus personnes n’a envie qu’un artiste soit à demeure à un endroit. Pour rayonner, plutôt que de nous mettre à disposition des lieux, on nous incite à être itinérants, déplore la fondatrice de la compagnie La Main Bleue créée il y a un an. Il n’y a que la passion qui nous tient et je profite des résidences d’artistes pour travailler sur un spectacle avec les bibliothèques, les accueils de loisirs ou encore les écoles. » L’occasion aussi pour elle de parler de son métier de moins en moins représenté.

Axelle BICHON

La marionnettiste est actuellement en résidence avec la ville d’Eragny dans plusieurs salles communales. ©Axelle Bichon

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