Il a inventé l’Orchestre à l’Ecole

Au début des années 1990, Jean-Claude Decalonne a imaginé Orchestre à l’Ecole, une école nouvelle où la musique a toute sa place et où son apprentissage ne se limite pas à celui de la flûte à bec.

Avec Orchestre à l’Ecole, Jean-Claude Decalonne (ici dans un café auversois) a introduit l’apprentissage orchestral dans l’ensemble des écoles françaises. Novembre 2018 ©Axelle Bichon
Avec Orchestre à l’Ecole, Jean-Claude Decalonne (ici dans un café auversois) a introduit l’apprentissage orchestral dans l’ensemble des écoles françaises. Novembre 2018 ©Axelle Bichon

Près de vingt-cinq ans plus tard, le dispositif qu’il a inventé au retour d’un voyage au Japon et initié, il y a près de vingt ans, à l’école de Chaponval d’Auvers a fait des petits. Depuis, le concept a en effet été adopté par l’ensemble des établissements primaires et collèges de France. Luthier en instruments à vent rue de Rome, à Paris, cet auversois est également un passionné de pédagogie.

Une idée nipponne

C’est lors d’un voyage qu’il effectue au Pays du Soleil Levant en 1992 pour visiter les usines de fabrication d’instruments et conservatoires nippons qu’il imagine ce dispositif éducatif qui lui paraît alors révolutionnaire. « Cela m’intriguait de savoir comment une société balayée par la guerre, un peuple ne connaissant jusque-là pas la culture musicale occidentale était devenue si performante dans cet art », raconte Jean-Claude Decalonne. Quand il a demandé à visiter les conservatoires, c’est à ce moment-là qu’on lui a appris que cela n’existait pas au Japon et qu’on l’a alors orienté vers les écoles. « En fait, les élèves japonais avaient chacun un instrument qui leur était mis à disposition tout le long de leur scolarité dont les fondamentaux réunissant la musique, la danse, la peinture et la poésie différaient complètement de ceux enseignés au travers du système éducatif français », se rappelle-t-il. Et pourtant, l’illettrisme n’existe pas au Japon.

« La musique est le plus bel outil social »

A son retour, l’intrigué poursuit ses recherches et tombe sur des chiffres accablants. En France, moins de 3% des enfants avaient accès à une pratique musicale et 0% dans les quartiers défavorisés. « Dans un orchestre, on apprend tout : le vivre-ensemble, le respect de l’autre et de soi-même, l’écoute. J’ai alors imaginé un dispositif qui pourrait servir de modèle pour le pays et ses conservatoires, écoles et professeurs de l’époque ne comprenant alors pas l’utilité de la démarche, explique-t-il. Seul le directeur de l’école de Chaponval a, en 1999, tenté l’expérience sur trois ans avec une classe de CE2 et des centaines de classes orchestres ont ensuite suivi l’exemple partout en France. La musique est le plus bel outil social. »

Les enfants de la première classe orchestre à Chaponval ont commencé leur apprentissage en 1999. [Photo d’archives]

Non-inscrit dans le parcours de l’éducation nationale, les deux hommes ont été sommés d’arrêter le programme. Mais c’était sans compter le culot et la détermination du mélomane auversois. Jean-Claude a sollicité Jack Lang, alors ministre de l’éducation nationale, pour leur permettre de continuer l’aventure, ce à quoi ce dernier a donné son aval sur un bout de papier. Depuis l’obtention de cette autorisation « nationale » plus ou moins formelle au début des années 2000, des centaines de classes-orchestres ont vu le jour avec trois heures de pratique musicale hebdomadaires.

Puis vénézuélienne

Mais en 2006, Jean-Claude Decalonne découvre encore mieux que le système éducatif nippon. « Le modèle vénézuélien a été pensé par un économiste musicien et propose, lui, 15 heures d’apprentissage orchestral par semaine, le résultat musical est époustouflant », confie-t-il. Après avoir claqué la porte de l’association Orchestre à l’Ecole en 2009, trop frileuse à son goût, Jean-Claude a  créé, trois ans plus tard, Passeurs d’Arts. La chartre de cette association consiste à proposer au minimum six heures d’orchestre hebdomadaires, cette fois-ci en dehors du temps scolaire et indépendamment de l’éducation nationale, des fabricants d’instruments et des conservatoires. « Nous avons en parallèle introduit, entre 2012 et 2014, le dispositif Graines d’Orchestre dans toutes les écoles primaires de Cergy », rappelle-t-il. Depuis 2014, 300 enfants de Garges-lès-Gonesse, Bondy, Fougères (Ille-et-Vilaine) et de Sausset-les-Pins (Bouches-du-Rhône) âgés de 7 à 15 ans ont bénéficié de l’enseignement de Passeurs d’Arts. L’association envisage d’investir d’ici quelques mois les quartiers nord de Marseille. « La musique sert à redistribuer la chance », estime l’inventeur d’Orchestre à l’Ecole. Malheureusement, bien que cobaye du concept et ville d’artistes, Auvers n’a aujourd’hui plus d’orchestre. Les propositions de Jean-Claude Decalonne pour faire renaître un tel projet ne trouvent aucun écho. « Pourtant, bien orchestrés, les arts sauvent de tout et nous en aurions bien besoin en ces temps si troublés », conclut celui-ci.

Axelle BICHON

Près de vingt après le premier Orchestre à l'Ecole, son inventeur est revenue avec ses instruments là où tout a commencé. ©Axelle Bichon
Près de vingt ans après le premier Orchestre à l’Ecole, son inventeur est revenu avec ses instruments là où tout a commencé. ©Axelle Bichon

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