Le bateau Je sers ne logera plus aucun sans-abri

Pour des questions de sécurité, le bateau Je Sers qui accueille des personnes dans le besoin ne peut plus héberger qui que ce soit depuis les derniers contrôles de la commission de sécurité.

La paroisse fluviale Je Sers et les associations qui la gèrent accueillent depuis des années toute personne ou communauté dans le besoin. Conflans Sainte-Honorine – septembre 2018 © Axelle Bichon

Un véritable coup de massue. Amarrée quai de la République, à Conflans Sainte-Honorine, le bateau Je Sers ne pourra désormais plus héberger de réfugiés. La décision a été prise en septembre dernier par la commission de sécurité, à la suite d’un contrôle révélant des défaillances dans le respect des normes de sécurité. Cette dernière a d’ailleurs procédé à une seconde visite, mercredi 14 novembre, au terme de laquelle elle a confirmé sa décision après avoir constaté une nouvelle fois l’absence de système anti-incendie.

Normes vs urgence

« La commission effectue ses contrôles tous les trois ans, le Je Sers ayant le statut d’Erpd, il y est assujetti. A chaque fois, elle cherche la petite bête mais la commission assure ses arrières aussi, il y a une question de responsabilité derrière même s’il n’y a pas vraiment de risque. Au contraire, il est plus sécurisant qu’un bateau soit habité pour prévenir tout accident », défend Hugues Fresneau,

Des cours de Français sont régulièrement donnés aux réfugiés par des bénévoles. Conflans – septembre 2018 © Axelle Bichon

le directeur de la Pierre Blanche, avant de rappeler : « ce que nous voyons ce sont des gens en détresse que l’Etat ne peut prendre en charge et a qui nous tendons la main. C’est du dépannage. » La Pierre Blanche est l’une des associations implantées sur la paroisse fluviale conflanaise qui a été agréée Centre d’hébergement d’urgence pour migrants (Chum) en juillet 2017. Depuis des années, les réfugiés, sans-abri ou sans papiers, se rendent sur le Je Sers pour obtenir un repas, un cours de Français ou, tout simplement dormir au chaud. Cette dernière perspective n’est ainsi plus envisageable.

« Un désastre humain »

L’hébergement est dorénavant interdit sur la dernière représentante, avec Le Lien, à Lyon, des chapelles batelières de France. Le Je Sers étant privé de la possibilité de tout aménagement de dortoir. Les péniches attenantes, hébergeant, elles aussi, des personnes dans le besoin, n’étaient pas concernées par le contrôle et ne sont donc pas impactées par la décision de la commission de sécurité. Pour l’instant. « Le coup de grâce serait de faire fermer l’ensemble de ces bateaux par souci d’hygiène, ce serait un désastre humain mais cette perspective a déjà été évoquée pour régler le problème des migrants de Conflans », déplore une bénévole du Je Sers préférant garder l’anonymat.

Le campement de réfugiés à Achères, aujourd’hui cerné par les grues et les pelleteuses, pourrait être évacué pour l’avancée des travaux du Grand-Paris. Achères – novembre 2018 © Axelle Bichon

Parallèlement, le bidonville qui se forme depuis cet été de l’autre côté de la Seine, à Achères, a doublé de surface depuis et pourrait, lui aussi être évacué, sans connaitre le même sort que les Tibétains qui s’étaient, l’année passée, établis au Pointil. Tous avaient alors été mis à l’abri après le démantèlement. « Si la commune et la préfecture les fait évacuer, elles ne sont pas obligées de les reloger s’il n’y a aucune solution d’hébergement malgré le fait que ce soient des réfugiés politiques. Seul un dépôt de plainte contre l’État pourrait faire bouger les choses », soulève Dominique, un autre bénévole, sans trop d’illusions. Samedi 24 novembre, Stéphane Grauvoguel, sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, a, sans surprise, annoncé le démantèlement imminent du campement. En attendant, les dons continuent d’être distribués sur place grâce aux bénévoles et à la générosité d’internautes sympathisants (Lire encadré).

Axelle BICHON

 

4 763 euros récoltés pour les réfugiés tibétain
La cagnotte lancée sur Leetchi.com pour aider la communauté tibétaine de Conflans Sainte-Honorine ne cesse de grossir. Les 2 233 euros récoltés en septembre en l’espace de dix jours ont plus que doublés depuis, atteignant aujourd’hui 4 763 euros. Grâce à cet argent, les bénévoles ont pu financer de la nourriture, des vêtements, des sacs de couchage et des produits de première nécessité comme du dentifrice ou du gel douche. Une grande aide quand l’on sait qu’environ dix nouveaux Tibétains arrivent au campement chaque semaine. Ils seraient 400 selon le dernier recensement effectué par les bénévoles. « On est sûr de rien et on ne peut pas attendre qu’ils soient relogés sans rien faire, les solutions d’hébergement ne sont pas si simples à trouver », souligne une bénévole. En effet, un tiers des hôtels Formules 1 étant réquisitionnés depuis deux ans pour absorber le flux de personnes sans domicile fixe et de migrants et ainsi faire face à l’engorgement des centres d’hébergement, cela illustre bien le problème et laisse peu d’espoir. Et la municipalité concernée est ferme sur le sujet. « Nous n’avons aucune solution à leur proposer, déclare Marc Honoré, le maire (Lr) d’Achères. Je sais ce que la préfecture souhaite, un gymnase qu’on leur mettrait à disposition mais c’est impossible. On a déjà donné à Achères, c’est à l’État de prendre ses responsabilités. » L’avancement des travaux du Grand-Paris ne seraient pas pour rien dans la nécessité de démanteler ce bidonville. Le site est riche en granulats et en sable nécessaires à la construction du Port du Grand-Paris qui sortira de terre quelques centaines de mètres plus loin, à Achères.

 

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