Ni chair ni poisson

Si la corrida ou les cirques avec animaux font de plus en plus la polémique auprès de la population, certaines pratiques envers les bêtes, qui peuvent paraitre bénignes, ont la peau dure. Le poisson rouge fait toujours partie des lots à gagner dans la plupart des fêtes foraines françaises sous le regard innocent et crédule des enfants.

Un garçonnet de 6 ans et demi a fait bonne pêche lors de la Fête foraine des Cordeliers, son quartier. Pontoise – juin 2018

Bêtes d’élevages parquées, oies gavées, poissons à gagner… L214 et ses consœurs dans la défense et le respect de la vie animale ont encore du chemin à faire, des enquêtes à mener et des pétitions à faire signer pour faire reconnaitre l’animal comme être sensible. Depuis quelques années, l’association au nom inspiré de l’article L214-1 du code rural – reconnaissant pour la première fois, en 1976, la sensibilité des animaux – entend faire changer la condition des animaux élevés et abattus pour la consommation. Leurs enquêtes dénoncent la plupart du temps des pratiques cachées, inconnues des consommateurs mais que penser de ces usages barbares qui se font au vu et au su de tous, sans même étonner, malgré les lois ou, encore-même, la souffrance infligée.

Lots vivants

C’est le cas du poisson rouge réduit à un cadeau coloré balloté et condamné, au mieux, à l’implosion. A croire qu’il faudrait que les bêtes, tout comme les arbres, se mettent à parler pour être considérés et pas uniquement consommer sans scrupule.

L’absence de définition de ce qu’est un « animal de compagnie » dans le code rural crée une faille juridique déjouant l’interdiction de l’attribution d’un animal vivant en tant que lot ou prime hors cadre agricole. Fête foraine des Cordeliers, Pontoise – juin 2018

Il semble difficile à croire que ces plus ou moins grosses bêtes possèdent des organes reliés par des nerfs à un cerveau. Pour autant, petit ou pas, l’animal souffre.

Des canards en plastique ?

Si le poisson rouge n’est pas une espèce protégée, le canard ne l’est pas non plus. Pourtant, les enfants pêchent des canards en plastiques. Offert dans son sachet transparent à chaque partie gagnante où l’enfant a réussi à attraper un certain nombre de coins coins flottants, le poisson rouge se retrouve finalement logé à la même enseigne qu’un jouet ou une peluche. Des mini aquariums sont tout de même présents dans le stand, il faut simplement payer un peu plus cher. Lorsqu’il se monnaye, le souci du bien-être animal devient ainsi une réalité. Sans œillères, le poisson est donc bel et bien un animal doté de sensibilité.

Le bonsaï piscicole

Contrairement à leurs yeux qu'ils représentent de manière démesurée dans les mangas, les Chinois semblent vouloir rendre les choses qui les entourent plus petites. Tout comme le bonsaï, cet art traditionnel nippon originaire de Chine passant par la miniaturisation d’un arbre via différentes techniques (taille des racines, restrictions nutritives, ligatures, etc.), le poisson rouge, également originaire de l’Empire du milieu, est issu de nombreuses mutations. Là-bas, il fait l’objet d’un élevage sélectif, et ce, depuis plus de mille ans. Pour rappel, le poisson rouge était à l’origine une carpe asiatique assez terne et les nouvelles variétés sont issues de mutations progressives. De cette manière, les poissons rouges peuvent avoir différentes couleurs, une queue double ou triple, des excroissances sur la tête, une nageoire dorsale ou pas du tout. Il en faut pour tous les goûts. Malgré ce que l’on peut croire, les poissons rouges peuvent atteindre 15 à 20 cm de long à l’âge adulte. S’ils ne l’atteignent pas, c’est que l’aquarium dans lequel il vit est trop petit. Pour bien faire, un jeune poisson rouge doit bénéficier au moins de 30 litres d’eau tandis qu’un adulte a besoin de 50 litres d’eau. S’ils sont deux, les quantités d’eau doivent être doublées. Tout ceci présente un coût et demande de la place. Malheureusement, le poisson rouge est souvent vu comme une alternative plus pratique, moins encombrante et onéreuse à l’achat d’un chat ou d’un chien. C’est un fait, tout se consomme selon les besoins et les ressources de chacun, non selon le bon sens.

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