Kiev, la révoltée ukrainienne

Comme dans la plupart des pays, il suffit de passer par une station du métro ukrainien pour découvrir l’un des traits de la vie locale. Parmi les stands de fleurs, de fruits et de légumes, les brins de muguets avaient la côte en ce début de mois de mai à Kiev.

Le Maïdan, place de l’Indépendance, là-même où s’est déroulée, en 2014, la révolution de février 2014. Que ce soit lors de la révolution orange en 2005 ou lors de l’Euromaïdan, cette place est le lieu de rassemblement des Ukrainiens. Kiev, Ukraine – Mai 2018

Les petits bouquets blancs défilent baladés à travers la ville, dans ses parcs et squares. En Ukraine, le 1er Mai et sa traditionnelle Fête du Travail est vue comme la Fête de la Russie soviétique pour la population et prend un sens tout particulier ces dernières années.

Un vendeur de bouquet de muguet posté à l’entrée du jardin botanique Fomine. Kiev, Ukraine – Mai 2018

En effet, depuis l’Euromaïdan, la révolution pro-européenne qui a eu lieu en 2014 sur la Place de l’Indépendance après la crise ukrainienne, la population, le pays, restent divisés en deux clans. Depuis 2013, les pro-européens et les pro-russes se déchirent quant à leur avenir. Cette fracture est perceptible dans les moindres recoins de Kiev comme en témoignent les nombreuses statues soviétiques destituées de leurs socles. Depuis la révolution de Maïdan et les lois de 2015 interdisant les symboles soviétiques dans la rue, des milliers de statues de Lénine ont été déboulonnés. Celle qui surplombait Ploscha Bessarabska square dans le centre de Kiev, à sa jonction avec l’avenue Khreshchatyk menant à la Place de l’Indépendance, avait déjà été renversée fin 2013.

Décommunisation

La Guerre Froide aurait-elle trouvé un second souffle en Ukraine ? La question se pose. Les relations entre la Russie et l’Ukraine sont très conflictuelles. L’indépendance de l’Ukraine définitivement acquise après le référendum du 1er décembre 1991 et certains choix politiques faits depuis montre la volonté de cette ex-république socialiste soviétique de ne plus être considérée comme une dépendance de Moscou et de se détacher de l’emprise communiste.

Des femmes-soldats devant le Mémorial aux victimes de l’Holodomor, cette famine provoquée artificiellement de 1932-1933 en Ukraine, reconnue depuis dix ans comme un crime contre l’humanité. Kiev – Mai 2018

En quelques années, la limite qui sépare la Russie de l’Ukraine est devenue une frontière internationale, Kiev et les Occidentaux accusant Moscou de soutenir militairement les rebelles pro-russes. Depuis 2014, la péninsule ukrainienne de Crimée a été annexée par Vladimir Poutine, faisant des milliers de victimes ainsi que de nombreux déplacements de population. Cette annexion étant illégale dans le cadre du droit international, le Président russe, pour asseoir son autorité en Crimée, a fait construire un pont reliant la Russie et la Crimée, structure qu’il a lui-même inaugurée en mai dernier. Pour rappel, la péninsule convoitée compte plus de 65% de Russes contre 15% d’Ukrainiens et 12% de Tatars, cette minorité originaire des grandes steppes d’Asie centrale.

Une russophobie prégnante

La russophobie qui règne dans l’ouest de l’Ukraine et sa capitale, Kiev, est une réalité un peu plus saisissable lorsque l’on se penche sur les enjeux géopolitiques russes dans l’ex-république socialiste soviétique. Une performance artistique présentée au printemps 2014 au M17, le Centre d’art contemporain kiévien, montrant des russophones du sud-est du pays dans des cages affichant des écriteaux « Attention Russes ! » illustre bien cette tendance.

                                                                                                                                                                                                                                                         « L’Ukraine n’est pas encore morte »      

Malgré ce passé très présent et son avenir ainsi mis entre parenthèses ou encore la catastrophe de Tchernobyl, toujours présente dans les esprits, le peuple ukrainien est fort, passionné et fier de sa culture.

Deux jeunes ukrainiens traversant la rue Khreshchatyk témoignent des traces indélébiles laissées par la catastrophe de Tchernobyl. Kiev – Mai 2018

Son hymne national « Chtche ne vmerla Ukraïny » « L’Ukraine n’est pas encore morte » – et les nombreux monuments patrimoniaux et commémoratifs qui ornent ses rues reflète bien cet état d’esprit. Fière, l’Ukraine peut également se montrer susceptible. Ainsi, depuis 2016, une loi interdit par exemple l’importation des livres au contenu anti-ukrainien. Rustre et froid de prime abord, l’Ukrainien se montre généreux et avenant malgré la barrière de la langue. C’est lorsque, déjà bien dépaysé, le touriste européen cherche à faire quelques courses pour le diner qu’il se frotte véritablement à cette difficulté. Impossible de trouver un supermarché dans les rues kiéviennes. Et pour cause, ces lieux sont souvent dissimulés dans des galeries commerciales ou sont parfois-même construits sous terre. La trace, peut-être, d’un passé historique réfractaire à la culture capitaliste occidentale. Les sacs plastiques étant encore autorisés à la distribution là-bas, quelques mimes suffisent à décrocher les sourires des Kiéviens et leurs indications manuelles. Si l’avenir semble très incertain dans ce pays encastré entre l’Europe et la Russie, les Ukrainiens ont tout d’un peuple éveillé animé par une volonté forte de liberté politique et culturelle.

A proximité de la Place Maïdan, ferrailles dressées et tas de pavés se fondent dans le décor. Kiev, Ukraine – Mai 2018

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